Au début du XVIIᵉ siècle, l’histoire de l’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem s’écrit en grande partie sous le nom d’une ancienne famille de la noblesse d’Auvergne et du Velay : les Nérestang.
Pendant près de soixante-dix ans, de 1604 à 1673, quatre membres successifs de cette famille exercèrent la grande maîtrise de l’Ordre. Cette présence exceptionnelle inscrit durablement les Nérestang dans l’histoire de Saint-Lazare, au moment même où l’Ordre connaît une profonde réorganisation sous la protection de la monarchie française.
𝐏𝐡𝐢𝐥𝐢𝐛𝐞𝐫𝐭 𝐝𝐞 𝐍𝐞́𝐫𝐞𝐬𝐭𝐚𝐧𝐠, 𝐥𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐝𝐲𝐧𝐚𝐬𝐭𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐆𝐫𝐚𝐧𝐝𝐬 𝐌𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐞𝐬
Issu d’une ancienne famille implantée en Auvergne et dans le Velay, Philibert de Nérestang est un homme de guerre et un serviteur fidèle de la monarchie. Seigneur de Saint-Didier, d’Aurec et d’Entremont, il se distingue au service des rois Henri III, Henri IV et Louis XIII.
En 1604, Henri IV le nomme Grand Maître de l’Ordre de Saint-Lazare. Cette nomination intervient dans une période particulièrement importante pour l’avenir de l'Ordre, dont les biens et les institutions doivent être réorganisés après les troubles religieux et politiques du XVIᵉ siècle.
Quelques années plus tard, Henri IV crée l’Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et confie également sa grande maîtrise à Philibert de Nérestang. En 1608, les deux Ordres sont réunis sous une même autorité. Philibert devient ainsi le premier Grand Maître de l’Ordre réuni de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare.
Philibert de Nérestang ne se contente pas de porter un titre. Il travaille au relèvement et à la réorganisation de l'Ordre, s'emploie à faire confirmer sa situation auprès du Saint-Siège et veille à maintenir sa vocation militaire. Sous son gouvernement, Saint-Lazare retrouve une place dans le paysage des ordres royaux de la monarchie française.
Sa destinée demeure profondément liée à celle des armes. Mortellement blessé lors de la bataille des Ponts-de-Cé en août 1620, alors qu’il combat au service du roi Louis XIII, il meurt quelques jours plus tard. Il est inhumé à Lyon, dans le couvent des Carmes déchaussés qu’il avait contribué à fonder.
𝐔𝐧𝐞 𝐟𝐚𝐦𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐝’𝐀𝐮𝐯𝐞𝐫𝐠𝐧𝐞 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝’𝐮𝐧 𝐎𝐫𝐝𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐯𝐨𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬𝐞𝐥𝐥𝐞
À la mort de Philibert, la grande maîtrise ne quitte pas la famille. Son fils Claude de Nérestang lui succède en 1620 et demeure à la tête de l’Ordre jusqu’en 1639. Puis, en 1639, son frère Charles de Nérestang devient à son tour Grand Maître et conserve cette charge jusqu’en 1644.
Après une brève interruption, la grande maîtrise revient à la famille en 1645, avec Charles-Achille de Nérestang, frère de Charles. Il la conserve jusqu’en 1673.
Ainsi, quatre générations de gouvernement familial — ou plus exactement quatre membres d'une même maison — se succèdent à la tête de Saint-Lazare pendant près de sept décennies :
- Philibert de Nérestang, Grand Maître de 1604 à 1620 ;
- Claude de Nérestang, de 1620 à 1639 ;
- Charles de Nérestang, de 1639 à 1644 ;
- Charles-Achille de Nérestang, de 1645 à 1673.
Cette longue période constitue l'une des séquences les plus remarquables de l'histoire de l'Ordre. Une étude historique consacrée à Saint-Lazare souligne d'ailleurs que la grande maîtrise demeure pendant soixante-cinq ans entre les mains des marquis de Nérestang, famille particulièrement attachée au service des armes.
Les Nérestang appartiennent à cette noblesse provinciale dont l’histoire est intimement liée au service du roi. Leur engagement militaire accompagne celui qu’ils exercent à la tête de Saint-Lazare. Le régiment de Nérestang compte notamment parmi ses officiers et soldats des hommes appartenant à la chevalerie des Ordres de Saint-Lazare et du Mont-Carmel. Plusieurs Grands Maîtres de la famille meurent d’ailleurs au combat.
Cette dimension militaire ne doit cependant pas faire oublier la vocation hospitalière qui demeure au cœur de l’identité de Saint-Lazare. Héritier d’une tradition remontant aux établissements destinés aux lépreux et aux œuvres de miséricorde, l’Ordre continue, sous les Nérestang, à associer service, charité et défense de la foi.
𝐃𝐞 𝐥’𝐀𝐮𝐯𝐞𝐫𝐠𝐧𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐦𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐒𝐚𝐢𝐧𝐭-𝐋𝐚𝐳𝐚𝐫𝐞
À travers cette famille, c’est une partie de l’histoire des terres d'auvergne qui se trouve directement reliée à celle d’un Ordre né en Orient et devenu, au fil des siècles, une institution profondément enracinée dans le royaume de France.
Le parcours de Philibert de Nérestang est à cet égard particulièrement significatif. Seigneur auvergnat et homme de guerre, il devient Grand Maître de Saint-Lazare, puis Grand Maître des Ordres réunis de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare. Son nom demeure attaché à la réorganisation de l’Ordre au début du XVIIᵉ siècle, tandis que ses descendants poursuivent son œuvre pendant plusieurs décennies.
En 1673, avec la fin de la grande maîtrise de Charles-Achille de Nérestang, s’achève cette longue période durant laquelle la maison de Nérestang aura présidé aux destinées de Saint-Lazare.
𝐔𝐧 𝐡𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐧𝐭
Près de quatre siècles plus tard, le souvenir des Nérestang demeure un élément majeur de l’histoire de l’Ordre de Saint-Lazare. Pour la Délégation du Bas-Limousin, juridiction de l’Ordre de Saint-Lazare pour le Limousin et l’Auvergne, cette histoire revêt une signification particulière. Elle rappelle que les terres auvergnates et limousines ne furent pas étrangères à la destinée de l’Ordre : elles donnèrent à Saint-Lazare l’une des familles qui marquèrent le plus profondément son histoire moderne.
Les Nérestang incarnent ainsi un lien ancien entre une terre, une famille et une vocation : celle du service, des armes et de l’hospitalité au nom de Saint-Lazare.
Chev. Pierre-Julien Auroux KCLJ,
Délégué du Bas-Limousin de l'Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem