HISTOIRE DE LA COMMANDERIE SAINT-ANTOINE DE ROSSON
À quelques kilomètres du bourg de Pleaux, dans le Cantal, se trouve le hameau de Rosson, anciennement appelé Enroussou. C’est en ce lieu que fut établie, au cours du XIIIᵉ siècle, l’une des plus anciennes commanderies françaises de l’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Lazare de Jérusalem.
Fondée dans un contexte où la vocation hospitalière de l’Ordre occupait une place essentielle, la commanderie de Rosson s’inscrivait dans le vaste réseau d’établissements lazaristes qui s’était développé en France. Elle avait notamment pour vocation d’assurer la gestion de ses biens, d’entretenir la vie religieuse du lieu et de perpétuer l’œuvre hospitalière de l’Ordre.
Selon les sources historiques, la commanderie aurait été fondée par Sanguinie de Rosson, épouse d’Hugues de Carbonnières, et dotée notamment par les comtes de Rodez ainsi que par la maison de Biorc. Son existence est attestée au XIIIᵉ siècle et elle devint progressivement un établissement important de l’Ordre dans cette partie de l’Auvergne.
La commanderie possédait des biens et des droits sur plusieurs villages et hameaux des environs de Pleaux et de Saint-Christophe, parmi lesquels Vabres, Limonès, Lavergne, Beaujaret, Prades, Le Verdier, Lineth et Méjanaserre. Elle formait ainsi une seigneurie disposant notamment de droits de justice.
Une commanderie éprouvée par les siècles
Comme de nombreux établissements religieux de la région, Rosson connut les bouleversements et les destructions des guerres. Sa chapelle fut notamment endommagée au cours de la guerre de Cent Ans avant d’être reconstruite en 1452, à la suite d’un accord conclu entre Frère Jean de Tixier, précepteur de Rosson, et le maçon Martial Richard. Les guerres de Religion éprouvèrent à nouveau la commanderie, entraînant de nouvelles dégradations et destructions. Elle connut ensuite une période de restauration au XVIIᵉ siècle.
En 1640, le chevalier Dom Balthazar de Lemps, commandeur de Rosson, confia le temporel de la commanderie aux Carmes de Pleaux, à charge notamment pour eux de remettre la chapelle en état et d’y assurer la célébration de la messe.
En 1655, un rapport attestait que la chapelle était alors réparée, close et convenablement pourvue pour le culte. La commanderie avait connu, au début du XVIIᵉ siècle, une période de rattachement à l’Ordre de Saint-Augustin avant de revenir dans le giron de Saint-Lazare en 1643, sous l’autorité de Dom Balthazar de Lemps.
La fin de la commanderie
La Révolution française mit définitivement un terme à plusieurs siècles de présence institutionnelle de l’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Lazare de Jérusalem à Rosson. Les biens de la commanderie furent saisis par les autorités révolutionnaires en tant que biens nationaux, avant d’être vendus en 1794.
Au fil des siècles, les bâtiments de la commanderie disparurent progressivement, victimes du temps, des transformations du domaine et de l’oubli. Quelques rares témoignages subsistèrent néanmoins, parmi lesquels l’ancienne porte de la chapelle de Rosson, réemployée dans une construction au hameau du Verdier. Elle constitue aujourd’hui l’un des derniers vestiges matériels de la présence des Hospitaliers de Saint-Lazare à Pleaux et dans le Cantal.
Longtemps délaissé et menacé de disparaître à son tour, ce dernier témoignage semblait condamné à sombrer définitivement dans l’oubli. Mais la mémoire de Saint-Antoine de Rosson ne devait pas disparaître. Il lui fallait une gardienne pour veiller sur son histoire, préserver son héritage et faire renaître la flamme qui, durant des siècles, avait animé cette ancienne commanderie. Cette gardienne allait être Dame Jeanne Vedrenne.
Rosson au XXIᵉ siècle : la renaissance d’une mémoire
Après la disparition de la commanderie à la Révolution française, la mémoire de Saint-Antoine de Rosson demeura profondément attachée à Pleaux. Au XXIᵉ siècle, cette histoire connut un renouveau grâce à Dame Jeanne Vedrenne, DLJ, reçue dans l’Ordre de Saint-Lazare en mars 2011, à Jérusalem, en l’église Sainte-Anne. Profondément attachée à l’histoire de sa commune et à son héritage lazariste, elle entreprit de faire revivre à Pleaux le souvenir de l’ancienne commanderie.
Le 10 septembre 2011, l’église Saint-Jean-Baptiste de Pleaux accueillit l’installation de S.E. Bernard de Saint-Léger, GCLJ, comme Grand Prieur. Cette cérémonie constitua un moment particulièrement symbolique, renouant, plusieurs siècles après la disparition de la commanderie, les liens entre Pleaux et l’Ordre de Saint-Lazare. Après le décès prématuré de Bernard de Saint-Léger en 2014, puis le rapprochement intervenu le 18 juin 2016 avec la branche historique de l’Ordre, Dame Jeanne Vedrenne poursuivit son engagement au sein de la Commanderie d’Auvergne du Grand Prieuré de France.
Soucieuse de préserver les derniers témoignages matériels de la commanderie, elle s’attacha notamment à la sauvegarde de l’ancienne porte de la chapelle de Rosson, réemployée dans une construction au hameau du Verdier. Son état ne permettant malheureusement pas son déplacement, Dame Jeanne Vedrenne fit réaliser, à ses frais, une copie fidèle de cette porte, destinée à retrouver sa place dans le cadre du réaménagement de l’ancien site de Rosson.
Par son engagement constant en faveur de ce patrimoine, Dame Jeanne Vedrenne est ainsi devenue, dans la mémoire contemporaine de l’Ordre, « la Gardienne de Rosson ». Son action a permis de maintenir vivant le souvenir de la commanderie et de rappeler qu’à Pleaux, l’histoire des Hospitaliers de Saint-Lazare n’appartient pas seulement au passé : elle demeure une mémoire vivante, transmise aux générations présentes et futures.
2026 : la renaissance de la Commanderie Saint-Antoine de Rosson
En 2026, le Grand Prieuré de France de l’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Lazare de Jérusalem a officiellement restauré la Commanderie Saint-Antoine de Rosson, renouant ainsi avec une présence lazariste vieille de plusieurs siècles. Cette renaissance constitue une étape majeure dans l’histoire de Rosson et l’aboutissement d’un long travail de mémoire et de fidélité à l’héritage hospitalier de l’Ordre.
La Commanderie Saint-Antoine de Rosson exerce désormais sa vocation sur un territoire réunissant le Limousin et l’Auvergne, renouant ainsi avec les anciennes terres sur lesquelles s’est développée son histoire. Elle a pour mission de faire vivre la tradition de l’Ordre de Saint-Lazare, de préserver la mémoire de la commanderie historique et de développer, sur ce territoire, les œuvres hospitalières et caritatives qui constituent la vocation première de l’Ordre.
Plus de deux siècles après la disparition de la commanderie historique, Saint-Antoine de Rosson retrouve ainsi une existence au sein de l’Ordre. De la commanderie médiévale à l’action de Dame Jeanne Vedrenne, puis à sa restauration au XXIᵉ siècle, l’histoire de Rosson se poursuit désormais à travers une nouvelle génération de Chevaliers et de Dames, appelés à en préserver la mémoire et à en faire vivre la vocation hospitalière.