Décembre 1935. Sous le ciel d’hiver, dans la gravité d’un Chapitre général réuni en France, l’Ordre de Saint-Lazare s’apprête à franchir un seuil décisif de son histoire. Certes, le Duc de Séville est élu Grand-Maître, assurant la continuité d’une tradition séculaire. Certes encore, l’Ordre poursuit son expansion à travers l’Europe, ravivant d’anciens prieurés sous l’autorité de figures illustres: le Prince Ferdinand de Hohenzollern en Allemagne, le Prince Charles de Schwartzenberg en Bohème, le Roi Carol II en Roumanie, le Roi Boris III en Bulgarie.
Mais au cœur de cette année mémorable, un événement d’une portée plus profonde se dessine : l’entrée officielle des femmes au sein de l’Ordre.
Ce geste n’est ni une concession à la modernité ni une rupture avec le passé. Il est un retour aux sources. Aux premiers siècles de son existence, l’Ordre n’était pas seulement une chevalerie hospitalière ; il était une communauté de service où les Sœurs de Saint-Lazare, dans la discrétion et la ferveur, soignaient les lépreuses aux côtés des Chevaliers. Leur dévouement silencieux, leur constance dans la souffrance partagée, appartiennent à l’âme même de l’institution.
En révisant ses règles et ses statuts, l’Ordre reconnaît enfin cette filiation oubliée. Les Dames peuvent désormais être reçues, non comme une nouveauté mondaine, mais comme les héritières légitimes d’une tradition vivante. Leur admission scelle une justice rendue à l’histoire et redonne à l’Ordre l’intégralité de sa vocation hospitalière.
Ce renouveau s’inscrit dans un mouvement plus large d’ouverture et d’unité. Fidèle à l’élan initié jadis par le Comte de Provence, l’Ordre admet des membres issus des grandes confessions chrétiennes, tout en conservant un Magistère et un Protecteur spirituel catholique. L’unité des chrétiens devient plus que jamais une dimension essentielle de sa mission, aux côtés du service des malades et des plus vulnérables.
Ainsi, 1935 ne fut pas seulement l’année d’une élection ou d’une restructuration. Elle fut celle d’une reconnaissance. En ouvrant ses portes aux femmes, l’Ordre de Saint-Lazare renoua avec sa mémoire la plus profonde et affirma que la véritable chevalerie ne se mesure ni au sang ni au sexe, mais à la fidélité, à la charité et au courage du service.
Chev. Pierre-Julien Auroux KCLJ
Délégué du Bas-Limousin de l'Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem
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